La valeur d'entrée
d'une immobilisation dans le patrimoine de l'entreprise
Les immobilisations constituent une rubrique comptable
source de nombreuses difficultés et de nombreux problèmes. Les immobilisations
corporelles et incorporelles représentent souvent une partie importante
de l'actif total d'une entreprise ; c'est pourquoi elles sont significatives
dans la présentation des états financiers. De plus, le fait de savoir
si une dépense accroît l'actif ou constitue une charge d'exploitation
peut avoir un effet important sur les résultats de l'entreprise. La
conception patrimoniale du bilan conduit également à souligner le fait
que seuls les biens dont l'entreprise est propriétaire doivent figurer
à l'actif. Les biens dont elle a l'usage, notamment en location
ou en crédit-bail,
sans en avoir la propriété, ne sont pas enregistrés en immobilisations
et ne figurent donc pas au bilan. Cette analyse qui privilégie l'approche
juridique au détriment de la conception économique ne fait plus l'unanimité,
notamment au nom de l'image fidèle. En fait, une entreprise peut
recourir à plusieurs solutions pour se procurer une immobilisation.
Elle peut l'obtenir par achat,
la
produire, la recevoir dans le cadre d'un apport
en nature, par voie d'échange voire à
titre gratuit.
Application téléchargeable
le choix de financement de l'investissement
par Dominique MINERAY et Chantal PALACIN
niveau terminale baccalauréat professionnel : sujet
+ corrigé
(2010)
Les immobilisations
D'après l'article 10 du décret du 29.03.1983, "les
biens destinés à servir de façon durable dans l'entreprise constituent
des immobilisations. Ces biens ne se consomment pas par le premier usage".
C'est le critère de la durée qui permet de qualifier d'immobilisation
un bien que l'on vient d'acquérir, c'est lui qui permet en particulier
d'établir la distinction entre immobilisations et charges d'exploitation.
Mais le PCG prévoit par ailleurs un régime particulier s'appliquant
à certains biens de faible valeur (PCG 321.-4). La pratique comptable
s'aligne en fait sur la règle fiscale à condition que le prix unitaire
hors taxe n'excède pas 500 ..
L'Avis du CNCC, Bull. N° 13, mars 1974, assimile aux immobilisations
les dépenses "ayant pour effet d'augmenter la valeur d'un élément
d'actif du patrimoine ou celles qui ont pour effet de prolonger la durée
normale d'utilisation du bien au-delà de la période d'amortissement
prévue.
Les immobilisations corporelles et incorporelles
Le PCG ne donne pas une définition précise des immobilisations
incorporelles. "Ce sont des immobilisations autres que corporelles
ou financières". Les immobilisations corporelles sont "les
choses sur lesquelles s'exercent un droit de propriété". Il s'agit
en fait d'éléments qui ont une consistance physique, par opposition
aux éléments incorporelles.
Une dépense accroît l'actif ou constitue une charge
d'exploitation
Le critère de durée d'utilisation permet en général de
résoudre les difficultés. Mais le problème se pose en général lorsqu'il
s'agit d'une dépense visant, par exemple, la mise en conformité du matériel
de production. En effet, pour l'administration fiscale, toutes les dépenses
de mise en conformité du matériel de production ont la nature d'immobilisation
alors que du point de vue comptable, elles s'analysent dans la plupart
des cas comme des charges. La norme IASC N° 16 "Immobilisations
corporelles" apporte plus de précisions à ce sujet.
Biens pris
en location ou en crédit-bail
Les coûts de la location et le crédit-bail
constituent des charges d'exploitation normalement déductible du résultat
de l'exercice. Toutefois, le détail de ces opérations portant sur les
immobilisations doit être mentionné dans l'annexe.
Crédit-bail
Opération de location de biens - immobiliers et mobiliers
- donnant la faculté au locataire d'acquérir ledit bien en fin de contrat,
moyennant un prix convenu à l'avance, et tenant compte des versements
effectués au titre des loyers.
Coût d'acquisition (achat)
"A leur date d'entrée dans le patrimoine de l'entreprise,
les biens acquis à titre onéreux sont enregistrés à leur coût d'acquisition"
; Art. 123-18 du code de commerce. Le coût d'une immobilisation est
constitué par son prix d'achat, y compris les droits de douane et taxes
non remboursables, et par tous les frais directs engagés pour mettre
l'immobilisation en état de marche en vue de son utilisation prévue.
Le coût
de production d'immobilisations par l'entreprise pour elle-même
Le coût de production d'un bien s'obtient
en additionnant les éléments suivants (PCG 321- 13) :
- le coût d'acquisition des matières
consommées pour la production du bien ;
- les autres coûts engagés par l'entreprise,
au cours des opérations de production (charges directes de production
et les charges indirectes de production). Les charges financières, les
frais de recherche et de développement, les frais généraux d'administration
générale font l'objet d'un traitement particulier, selon la spécificité
du bien produit.
Apports en nature
Les immobilisations reçues à titre d'apport en nature
sont comptabilisées pour les valeurs respectives inscrites dans l'acte
d'apport.
Les biens reçus à titre gratuit
Les biens reçus à titre gratuit sont évalués à leur valeur
vénale, c'est-à-dire le prix qu'accepterait de payer un acquéreur éventuel
de l'entreprise dans l'état et le lieu où se trouve le bien en question.
Il en est de même pour les biens acquis pour 1 €.
Les éléments du patrimoine doivent être
évalués lors de leur entrée dans l'entreprise. Plusieurs méthodes d'évaluation
peuvent être appliquées. Mais le P.C.G. préconise la méthode dite des
"coûts historiques" fondée sur les notions de coût d'acquisition,
de coût de production et de valeur vénale.
Les règles d'évaluation sont édictées
par l'article 123-18 du code de commerce (loi du 30.04.1983) et l'article
7 du décret du 29.11.1983.
L'article 123-18, al. 1 stipule que
: "A leur date d'entrée dans le patrimoine de l'entreprise, les
biens acquis à titre onéreux sont enregistrés à leur coût d'acquisition,
les biens acquis à titre gratuit à leur valeur vénale et les biens produits
à leur coût de production". Ces dispositions sont reprises par
le P.C.G. 321-3. Pour l'application de l'article 123-18 du code
de commerce, l'article 7 du décret du 29.11.1983 définit le coût d'acquisition,
le coût de production et la valeur vénale.
Le coût d'acquisition
(Acquisition des immobilisations à titre onéreux)
L'entrée d'une immobilisation doit être
enregistrée en comptabilité au coût d'acquisition du bien. Selon le
P.C.G art.321-2, le coût d'acquisition s'obtient en additionnant :
- le prix convenu, après déduction des
taxes légalement récupérables, c'est-à-dire le montant en euros résultant
de l'accord des parties à la date de l'opération.
-les frais accessoires, après déduction
des taxes légalement récupérables, c'est-à-dire les charges directement
ou indirectement liées à l'acquisition pour la mise en état d'utilisation
du bien (par exemple : droit de douane pour les biens importés, frais
de transport, frais d'installation et de montage, TVA et taxes non récupérables
par l'entreprise). Le fait que les frais accessoires aient été réalisés
par l'entreprise elle-même ne fait pas obstacle à leur inscription en
coût d'acquisition.
Avant le 1er janvier 2005, les droits de mutation, les
honoraires ou commissions et frais d'actes n'étaient pas considérés
comme des frais accessoires et étaient comptabilisés en
charges. Ces charges pouvaient peuvent être étalées
sur plusieurs exercices. Depuis le 1/1/2005, "dans les comptes
individuels, les droits de mutation, honoraires ou commissions et frais
d'actes liés à l'acquisition peuvent sur option être
rattachés au coût d'acquisition de l'immobilisation ou
comptabilisés en charges (art. 321-10 du PCG 2005)". S'ils
sont comptabilisés en charges ils ne peuvent plus comme auparavant
faire l'objet d'un étalement par l'inscription en charges à
répartir sur plusieurs exercices.
Sur le plan fiscal, frais d'acquisition
ne font pas partie du coût d'acquisition des immobilisations. Ils constituent
des charges immédiatement déductibles du résultat de l'exercice concerné.
En fait, le prix d'entrée du bien a
un caractère définitif. Il est totalement indépendant des modalités
de paiement. La valeur d'entrée du bien ne sera pas affectée par les
variations particulières dues aux conditions de paiement, achat contre
rente viagère, achat libellé en monnaies étrangères, variations du pourcentage
de déduction de la TVA par exemple. Les escomptes sur paiement du prix
stipulé doivent pas être pris en compte (art.321-10 du PCG 2005). Il
faut également tenir compte des remises, ristournes, rabais obtenus
même s'ils sont constatés lors d'un exercice ultérieur. Il y a alors
remise en cause de la valeur d'origine du bien et recalcul des amortissements
sur cette nouvelle base pour ces biens.
Pour aller plus loin...
Mémento Pratique comptable Francis Lefebvre 2009
(art. 1450 à 1790 et 5800 à 6000)
Mémento Pratique fiscal Francis Lefebvre 2005 (art. 850 à
948)
Comptabilité approfondie, DECF - DESCF - MSTCF, par G. LANGLOIS,
M. FRIEDERICH & A. BURLEAU, FOUCHER, Paris, 1999, pages 17 à
27.