Les organisations : finalités et objectifs
Par Jean-Pierre TESTENOIRE
«Le profit n'est pas un objectif, mais une exigence qui doit être mesurée objectivement par chaque entreprise, compte tenu de sa stratégie, de ses besoins et de ses risques. » ( Peter Drucker)
Les critères de distinction entre les organisations
Les finalités des organisations
A. Les attentes des parties prenantes
B. La diversité des finalités des organisations
Les objectifs de l'organisation
A. La cohérence entre les finalités et les buts
B. La formulation des objectifs
« Toute activité humaine organisée doit répondre à deux exigences fondamentales et contradictoires :
1. La division du travail entre les différentes tâches à accomplir,
2. La coordination de ces tâches pour l'accomplissement du travail.
La structure d'une organisation peut être définie simplement comme la somme totale des moyens employés pour diviser le travail entre tâches distinctes et pour ensuite assurer la coordination nécessaire entre ces tâches ».
Henry MINTZBERG – Structure et dynamique des organisations – Editions d'Organisation - Paris – 1998
Les critères de distinction entre les organisations
Une organisation est une entité coordonnant des activités et développant des procédures pour atteindre des buts spécifiques économiques (entreprises), sociaux (syndicats), politiques (partis). Ainsi une entreprise, une administration publique (lycée, hôpital, mairie) ou une association sont des organisations. Une organisation est définie par plusieurs critères :
Critère |
Contenu |
Type |
Administration, entreprise, association |
Statut juridique |
Exemple : SARL ou la SA pour les entreprises privées |
Taille |
TPE, PME, grande entreprise |
Activité |
Branche d'activité définie par l'INSEE (code APE)[1] |
Champ d'action |
Marché local, national ou international |
Finalité : |
Ce pourquoi l'organisation existe |
Mission |
Les besoins satisfaits par l'organisation pour remplir sa finalité |
Objectifs |
But mesurables, quantitatifs ou qualitatifs |
Nature de l'environnement |
|
Ressources |
Humaines, technologiques, matérielles ou financières |
Mode d'organisation et de fonctionnement : |
Organisation du travail et coordination des tâches |
Mode de direction |
Style de direction |
L'entreprise a une finalité qui ne peut se réduire à la maximisation du profit. Elle reflète les aspirations de la communauté humaine qui constitue l'entreprise et se décline également en termes de biens et services offerts à la clientèle. La finalité de l'entreprise est influencée par les valeurs personnelles et les aspirations des dirigeants et des associés, les statuts et l'histoire de l'entreprise, les attentes du personnel, les contraintes imposées par l'environnement. La finalité de l'entreprise se définit aussi en termes de services rendus à la clientèle.
Ainsi «une entreprise ne se définit pas (uniquement) par sa raison sociale, ses statuts ou la législation» (P. Drucker). Ce sont la finalité et la mission d'une part, les buts et les objectifs de la firme d'autre part qui déterminent partiellement sa nature et son activité.
Les finalités des organisations
A. Les attentes des parties prenantes
Les parties prenantes représentent l'ensemble des acteurs intéressés au fonctionnement de l'entreprise. On distingue généralement :
- Les parties prenantes internes : salariés, managers et propriétaires.
- Les parties prenantes externes directes : concurrentes, fournisseurs, clients.
- Les parties prenantes externes indirectes : pouvoirs publics, ménages, associations (de consommateurs ou de protection de l'environnement par exemple …).
B. La diversité des finalités des organisations
La finalité d'une organisation peut être représentée par l'ensemble des valeurs qui justifient son existence. C'est donc l'ensemble des raisons d'être de l'entreprise, implicites ou explicite vis à vis des partenaires internes (salariés, investisseurs propriétaires) ou externe (ménages et État) comme vis-à-vis de la société (environnement et développement durable). La mission de l'organisation est de satisfaire un besoin. C'est la réponse de l'entreprise à la question de son identité : « Que sommes-nous, qu'elle est notre affaire, que devrait-elle être, dans quelle activité nous situons-nous, que voulons-nous être ?". C'est « l'affirmation de la vocation primordiale d'une organisation, de sa raison d'être » (Johnson & Scholes).
La mission de l'entreprise est de « créer le client » c'est-à-dire de satisfaire des besoins. Dans cette perspective, l'entreprise s'appuie sur deux fonctions essentielles : le marketing et l'innovation.
- Le marketing stratégique cherche à découvrir les besoins des clients, ou à proposer de nouveaux besoins (filières inversées de J. K Galbraith).
- L'innovation permet de proposer un bien ou un service nouveau, ou de se distinguer de la concurrence.
Les organisations publiques ont pour finalité la satisfaction de l'intérêt général (éducation, santé, sécurité et justice), c'est-à-dire de l'ensemble des besoins sociaux que l'initiative privée ne peut satisfaire. Ainsi, la finalité d'une administration publique est d'assurer le fonctionnement des services d'intérêt général (tels que les services publics par exemple).
Par exemple, la finalité de la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité) est d'identifier et de combattre toutes les pratiques discriminatoires (origine, sexe, handicap…), dans de nombreux domaines (emploi, logement, éducation…).
La finalité d'une association peut être :
- de partage d'un loisir entre membres (club sportif),
- de défendre les intérêts des membres (syndicats),
- d'exercer un rôle humanitaire (associations caritatives),
- de promouvoir l'expression et la diffusion d'idées à fin politiques, culturelles ou religieuses.
La finalité explicite de l'entreprise est de créer le client, c'est-à-dire de satisfaire un besoin identifié.
Cependant l'entreprise joue plusieurs rôles, économique, social et sociétal, implicites ou explicites en fonction des diverses parties prenantes.
En termes économiques, les parties prenantes attendent de l'entreprise :
- la rémunération des propriétaires (dividende des actions dans les SA),
- la rémunération du travail pour les salariés,
- le financement des investissements pour la technostructure,
- la réalisation d'un profit pour les fournisseurs,
- l'offre de produits de qualité pour les clients,
- la croissance de recettes fiscales pour l'État.
En terme social, les parties prenantes attendent aussi de l'entreprise :
- la création d'emploi,
- la promotion sociale par la formation professionnelle,
- le soutien à la croissance par l'innovation,
- l'amélioration des conditions de travail.
En terme sociétal, la collectivité attend enfin de l'entreprise :
- Des pratiques de gestion compatibles avec l'éthique (absence de falsification des comptes, de délits d'initiés).
- Des pratiques productives compatibles avec la préservation de l'environnement (pollution, marées noires).
- Des pratiques commerciales transparentes (information sur les produits – OGM par exemple).
- Des relations commerciales équitables avec les fournisseurs locaux (problème du prix du lait dans la grande distribution par exemple) ou étrangers (conditions de travail des enfants dans les pays en développement).
Ainsi, la finalité économique de Disney est de distraire les enfants et de procurer du bonheur familial (création de client par satisfaction d'un besoin) alors que la finalité sociétale de Danone est la promotion de la santé par l'alimentation (les alicaments) et la lutte contre la malnutrition dans le monde (fondation Danone).
L'entreprise remplit donc un champ de rôles, qui caractérise la diversité de ses finalités.

Source : http://www.ecogesam.ac-aix-marseille.fr/outils/schema/ecoent/finent.htm
Buts et objectifs de l'organisation
A. La cohérence entre les finalités et les buts
Les buts sont « les intentions qui sous-tendent l'action, les aspirations fondamentales sur un horizon temporel généralement non borné précisément. Comme tels, ils ne sont jamais véritablement atteints mais toujours à poursuivre » [2]
La formulation des buts est une traduction des finalités de l'entreprise. C'est l'affirmation des finalités de la firme qui propose des buts, formulés sous formes d'objectifs de nature diverses.
On distingue ainsi :
- Les objectifs fondamentaux tels que le déploiement de nouveaux produits (ex : la Logan) sur des marchés nouveaux (en Europe de l'Est par exemple) ou sur des marchés actuels (en France).
- Les objectifs opérationnels : Peter Drucker distingue ainsi 5 objectifs : l'objectif de marketing, d'innovation, de ressources (ressources humaines, ressources en capital et ressources physiques), sociaux et de profit.
B. La formulation des objectifs
Les objectifs sont "des résultats que l'entreprise se propose d'atteindre à une date donnée, des états désirés de l'organisation pour un moment déterminé du futur ."[2]. Les objectifs sont des états futurs à atteindre. Ils doivent donc être mesurables.
On distingue :
- Des objectifs quantitatifs (taux de croissance du CA, part de marché, volume de production).
- Des objectifs qualitatifs (taux de satisfaction du client, tests qualité, obtention de label, alignement sur des normes non obligatoires telles que les normes ISO 9000 ou 14000 par exemple).
La maximisation du profit ne peut pas être le seul objectif de l'entreprise (P. Drucker). Le profit est l'objectif à court terme (exercice comptable), mais il n'est qu'une condition qui permet d'assurer la mission sur le long terme. Ainsi «le profit n'est pas un objectif, mais une exigence qui doit être mesurée objectivement par chaque entreprise, compte tenu de sa stratégie, de ses besoins et de ses risques. » ( P. Drucker)
Ainsi, la finalité de l'entreprise (créer le client en satisfaisant des besoins par la production de biens et services marchands) permet, par l'innovation de résister à la concurrence et d'assurer le profit.
La production de biens et services répond à plusieurs finalités économiques sociales et sociétales, chacune d'entre elles pouvant faire l'objet d'objectifs précis.
Le problème du manager est alors de concilier ces différentes finalités en fonction de l'état de l'environnement (économique, technologique, concurrentiel et réglementaire), des ressources disponibles, et des attentes des diverses parties prenantes. C'est le problème de la gouvernance de la firme qui est alors posé.
Notes
[1] Le code APE :
http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/code-ape.htm
Toute entreprise et chacun de ses établissements se voit attribuer par l'Insee, lors de son inscription au répertoire SIRENE, un code caractérisant son activité principale par référence à la nomenclature d'activités française ( NAF rév. 1). Plus précisément, on distingue le code APEN pour l'entreprise et le code APET pour les établissements. L' APE est un renseignement fondamental pour la statistique d' entreprise car il est à la base des classements des entreprises par secteur d'activité. Ainsi, la qualité des études sur la situation économique conjoncturelle et structurelle et celle des fichiers mis à disposition du public dépendent en grande partie de l'attribution d'un code APE correct à chaque entreprise.
[2] Source : "Stratégie" : Alain Desreumaux, Xavier Lecocq, Vanessa Warnier, éd. Pearson (2006)
Pour aller plus loin...
Webographie
Finalité des organisations à but non lucratif :
http://www.creg.ac-versailles.fr/IMG/ppt/Les_organisations_a_but_non_lucratif_CREG_AGS.ppt
But, finalité objectifs et missions :
http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ecogestion/legt/IMG/ppt/Finalite_Mission_But_Objectif.ppt
Bibliographie
|
Titre |
Editeur |
Auteur |
| La gouvernance de l'entreprise |
Edition Repères collection Poche |
Roland Pérez |
| La responsabilité sociale de l'entreprise |
Edition Repères collection Poche |
Michel Capron,
Françoise Quairel-Lanoizelée |
| Management des entreprises : stratégie, structure, organisation |
Dunod |
Richard Soparnot |
| L'avantage concurrentiel |
Dunod |
M. Porter |
| Structure et dynamique des organisations |
Edition d'Organisation |
H. Mintzberg |
| Théorie des organisations |
Editions EMS |
A. Desreumaux |
© Cerpeg - Novembre 2009